On me demande souvent pourquoi mon ancêtre Jeanne Chevalier a décidé de quitter la France pour venir dans la nouvelle colonie. Essayer de comprendre les raisons de son choix nécessite un haut niveau de spéculation, étant donné que les Filles du Roy ont laissé peu d’archives ou de journaux intimes. Pour la plupart d’entre elles, cela a du être une décision volontaire, même si elles ont pu être fortement encouragées à émigrer par leurs tuteurs, leurs parents, les responsables des hôpitaux de charité, les prêtres de paroisse ou même les agents recruteurs. Lors d’un colloque sur les Filles du Roy, à Québec, il y a plusieurs années, le célèbre historien Yves Landry a laissé entendre, certes sur la base de peu d’éléments de preuve, que plusieurs filles, particulièrement celles qui étaient dans des foyers de charité à Paris, ont pu être contraintes à intégrer le programme.
Les légendes autour des Filles du Roy
Pendant des années (des siècles, en fait) la confusion a régné à savoir si les filles du Roy étaient des femmes avec qui se marier ou avec qui « se marrer »! Des renseignements erronés basés sur des commentaires gratuits et sur des préjugés, d’une part, et une possible fierté nationale enjolivant leur défi et leur héritage, d’autre part, ont tous contribué à la confusion. Il semble qu’Yves Landry, un des plus grands spécialistes des Filles du Roy, soit celui qui ait le mieux expliqué le problème quand il a résumé la question en disant qu’il y avait probablement une part de vérité des deux côtés. [⇒]
Le départ de Dieppe
À la fin de juin 1671, le Saint-Jean-Baptiste, un bateau jaugeant 300 tonnes, a quitté le port de Dieppe pour Québec. À bord, se trouvait un jeune homme, le Sieur de la Bouteillerie, du Pays de Caux. Il emmenait deux charpentiers, deux maçons et quatre ouvriers pour défricher la terre que le roi lui avait concédée. On rapporte que cette terre de 1000 arpents (1,32 milles carrés ou 3,42 kilomètres carrés) était située entre Trois-Rivières et Québec. À bord, on dénombrait également cent hommes, [⇒]